Extrait des carnets de Yoshimasa Matsusaka

« […] Le passage suivant, tiré des carnets de Matsusaka Yoshimasa, doyen d’âge de la Société des médecins de Hiroshima, permet d’imaginer ce qu’ont dû être ces scènes de sauvetage dans les premières heures qui ont suivi l’explosion atomique.

 » Quand on m’a secouru, j’étais vraiment à deux doigts de la mort, mais je me suis fait violence, en me disant : « Quitte à t’écrouler sur place, tu te dois de venir en aide aux blessés de la ville ! » Comme je ne pouvais plus marcher, c’est porté sur le dos de mon fils (qui était alors étudiant en médecine) que je suis retourné devant le commissariat de police du secteur Est, et là, j’ai demandé qu’on me sorte un siège sur lequel je me suis installé, j’ai fait hisser le drapeau japonais au bout d’une perche, et avec la collaboration de mes trois infirmières et des gens du voisinage, j’ai commencé à porter secours aux blessés (quelqu’un de ma famille, au moment où nous fuyions la zone bombardée, avait emporté une valise. Elle contenait un uniforme de volontaire, un casque de pompier, une montre, 2000 yens, des tabi ainsi que le drapeau japonais, et tout cela nous a été utile immédiatement).

 » En fait de secours, tout le matériel médical stocké avait été brûlé, et au commissariat il y avait juste un peu d’huile et de Mercurochrome, alors par la force des choses je mettais de l’huile sur les brûlures et du Mercurochrome sur les plaies des blessés qui affluaient en grand nombre. À ceux qui étaient évanouis je faisais boire le whisky du commissariat (j’avais demandé à Tanabe, le commissaire, de me le sortir). Vis-à-vis des blessés, mon rôle consistait essentiellement à leur remonter le moral, et je me rendais bien compte, en attendant avec impatience l’arrivée d’une équipe d’assistance médicale, que la présence d’un médecin était pour tous ces gens un élément très stimulant sur le plan psychologique. Bref, toujours est-il que l’huile conservée au commissariat de police du secteur Est a été utilisée jusqu’à la dernière goutte comme liniment pour les plaies. »

(Notes de Hiroshima, « Ceux qui ne capitulent jamais », édition Folio, p.179-180, Ōé Kenzaburō, 1965 ; traduction de Dominique Palmé)

Témoignage recueilli par Ōé Kenzaburō, en 1964, lors de son deuxième voyage à Hiroshima

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