6 août 1945, Hiroshima

Tous les horaires indiqués sont à l’heure japonaise.

Phase de préparation

1 h 45

Décollage du B29 Enola Gay (nom de la mère du commandant de bord, Paul Tibbets) depuis la base de Tinian (îles Marianne), accompagné de deux autres avions : le Great Artiste pour les mesures et données scientifiques, qui décolle à 1h47; et le Necessary Evil pour les enregistrements et photographies, qui décolle à 1h49. L’ Enola Gay transporte la bombe à l’uranium Little Boy, qui doit être armée en vol.

2 h 00

Début de l’installation du détonateur final.

2 h 15

Installation du détonateur final terminée.

5 h 05

Au-dessus d’Iōtō 硫黄島, les avions se disposent en V et se dirigent vers Hiroshima.

6 h 30

Insertion du plug rouge (prévu pour exploser en cas de largage) et passage du système électrique de l’avion à la batterie interne de la bombe.

7 h 09

Le Great Flush (avion d’observation météorologique déployé au-dessus de Hiroshima) commence son relevé.

7 h 25

Réception des relevés météorologiques de Hiroshima. Les conditions sont bonnes (le ciel est dégagé) : le sort d’Hiroshima est désormais décidé. Les trois avions montent en altitude et se dirigent vers l’Ouest.

Parallèlement, le commandement du district militaire du Chūgoku émet une alerte.

7 h 31

L’alerte est levée.

Approche de la cible

8 h 09

Hiroshima est en vue.

8 h 12

Arrivée à l’I.P. (Initial Point = point de départ des opérations)

8 h 15

L’Enola Gay est à 9632 mètres d’altitude, et va à 322 km/h. Confirmation du point cible (le pont Aioi 相生橋, reconnaissable à sa forme en T), et activation du dispositif automatique.

Illustration de la vue aérienne de la cible, le pont Aioi

Vue aérienne depuis le viseur de l’avion de la cible, le pont Aioi 相生橋 – Image extraite de E de Yomu – Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

8 h 15, 17 secondes

Largage de Little Boy. L’Enola Gay, allégé de 4 tonnes, fait un saut dans les airs ; le Great Artiste largue trois conteneurs d’instruments scientifiques équipés de parachutes, destinés à mesurer la puissance de l’explosion. Pour ne pas survoler le site de l’explosion, l’Enola Gay tourne à droite, le Great Artiste à gauche, et ils accélèrent en plongeant pour quitter le site de l’explosion.

Explosion

8 h 16

Explosion (la ville d’Hiroshima a adopté l’heure de 8 h 15) à 580 mètres au-dessus de l’hôpital Shima 島病院, au 19 Saikumachi 細工町 (maintenant 5-24 Ōtemachi 大手町), à environ 280 mètres de la cible.

À ce moment-là, une quantité colossale d’énergie (14 000 milliards de calories) est libérée au-dessus de la ville.

Pikadon

Les hibakusha appellent la bombe atomique “Pikadon” pour décrire à la fois le flash (l’onomatopée japonaise pika-pika ピカピカ faisant référence à quelque chose qui scintille) et l’explosion qui s’en est suivi (don-don ドンドン décrivant une explosion). Le flash aurait semblé orange pour ceux qui étaient plus proches de l’hypocentre, et bleu pâle pour ceux qui en étaient plus éloignés. Même les membres de l’équipage de l’Enola Gay, qui avaient des lunettes noires de protection, furent aveuglés par la lumière violette. Le terme « Pikadon » est encore utilisé aujourd’hui pour évoquer la bombe atomique, notamment dans les témoignages des hibakusha, qui ne savaient pas quel type de bombe les avaient touchés.

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Illustration de la scène au moment de l’explosion – Extraite de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

Après l’éclair, une énorme explosion qui balaye tout sur son passage. Seuls quelques bâtiments en béton conçus pour résister aux tremblements de terre demeurent debout. Les maisons en bois sont pulvérisées, les arbres déracinés par la puissance du vent créé par l’explosion. 

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Illustration de la scène au moment de l’explosion – Extraite de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

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Carte qui montre la zone entièrement effondrée et la zone entièrement brûlée – extraite de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

Boule de feu et nuage en forme de champignon

À l’instant de la détonation, la température à l’hypocentre dépasse plusieurs millions de degrés Celsius.

  • 0,1 milliseconde plus tard : une boule de feu d’environ 15 mètres de diamètre se forme, générée par l’explosion, atteignant 300 000 °C en surface.
  • En 1 seconde : la boule s’étend sur 280 mètres.
  • Puis, pendant 10 secondes : elle atteint son diamètre maximal de 500 mètres et continue à flamber.
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Illustration de la boule de feu qui se forme au-dessus de la ville – Extraite de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

À ce moment, la température au sol sous la boule de feu est estimée entre 3000 et 4000 °C. La surface des tuiles se situant dans un rayon de 1 km présentaient des cloques, ce qui prouve que cette zone a été chauffée à au moins 1800 degrés.

La boule de feu passe d’une sphère à une forme de donut, et continue de s’élever dans les airs en soulevant les débris et la poussière du sol, ce qui crée un nuage en forme de champignon.

Beaucoup de victimes sont mortes sur le coup. Les rayons intenses de chaleur ont causé de profondes brûlures sur les parties du corps qui faisaient face à l’hypocentre. Même à 3,5 km, la peau nue a été brûlée. 

Onde de choc

L’onde de choc (onde directe) générée par l’explosion de la bombe atomique dans l’air interfère avec les ondes réfléchies par sol, ce qui crée une onde de choc encore plus puissante qui agit sur les objets au sol. Derrière l’onde de choc un mur d’air qui dépasse la vitesse du son, plus lent, se déplace : en 1 seconde, il atteint 750 m ; en 10 secondes , 4 km ; et en 30 secondes, 11 km, puis il disparaît.

Schéma décrivant les ondes de choc du bombardement, ainsi que les rayonnements radioactifs et thermiques (qui atteignent jusqu'à 4 km autour de l'hypocentre). Des dégâts sont visibles jusqu'à 15 km autour.

Schéma explicatif de l’explosion, des dégâts selon la distance de l’hypocentre, des ondes choc et rayonnements générés – recopié à partir de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

On estime la pression de l’explosion au niveau du sol à 30 tonnes par 1.5m, pendant environ une seconde (c’est une durée anormalement longue comparée aux quelques millisecondes d’une bombe normale).

Radioactivité et retombées

Tout était radioactif :

– les produits de fission générés lors de l’explosion

– l’uranium 235 non fissionné

– l’équipement de la bombe transformé en gaz avec la forte chaleur

– les débris et gravats projetés dans l’air.

Cette matière a d’abord été soulevée dans les airs au dessus de l’hypocentre par les courants d’air ascendants générés par la forte chaleur, puis a été dispersée sur une vaste zone. C’est ce qu’on appelle « les retombées radioactives » (aussi désignées par shi no hai 死の灰, les « cendres de la mort« ). Elles étaient aussi présentes dans la pluie noire qui est tombée sur une vaste zone après le bombardement.

Immédiatement après l’explosion

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Illustration de l’Est du pont Shin-ō 新大橋 immédiatement après l’explosion, extraite de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

Un étrange silence s’installe. Même les blessés ne gémissent pas. Un panache de fumée et de poussière remplit le ciel, et la ville est plongée dans une obscurité pareille à celle du crépuscule. Quelques minutes plus tard, des flammes s’élèvent dans toute la ville, et la transforment en un véritable enfer.
La plupart des hibakusha pensaient que la bombe était tombée près d’eux, mais en fuyant les flammes, ils se sont rendus compte que partout où ils allaient, la ville était en ruines, et des masses de morts et de blessés gisaient au sol.

Moins d’une heure après l’explosion, les opérations de sauvetage ont commencé, notamment par les unités de transport de l’armée.

La « pluie noire » (kuroi ame 黒い雨)

Dès 30 minutes après le bombardement, de la « pluie noire » a commencé à tomber sur la ville. Il s’agit d’un phénomène que beaucoup de hibakusha ont observé, où les cendres et poussières radioactives se sont élevées dans les airs et se sont mêlées aux gouttelettes d’eau dans l’air, avant de retomber sur une très large zone (bien plus large que celle touchée au moment de l’explosion) sous forme de pluie noire. Les personnes qui ont été en contact avec cette pluie noire, qui ont bu son eau, se sont nourries des légumes faits pousser avec cette eau, …etc. toutes ces personnes sont aussi des hibakusha même si elles n’étaient pas du tout à Hiroshima.

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Carte montrant les zones où la pluie noire est tombée, selon une étude de 1945 et une autre 30 ans plus tard – extraite de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

Entre 10 h et 15 h : l’enfer

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Illustration du jardin Shukkei 縮景園 et de la rivière Kyō-bashi 京橋川 vers midi, extraite de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

L’incendie atteint son paroxysme. Les gens fuient, à la recherche d’un endroit sûr, mais il n’y en a nulle part. Le feu gagne même la surface du large fleuve et crée des tornades d’eau qui emportent tout sur leur passage.
De nombreux hibakusha fuient vers les banlieues, les mains tendues devant eux, comme des fantômes, leur peau pendant de leur corps.

Cette démarche, les bras en avant comme des spectres, était dû au fait que les hibakusha ne voulaient pas toucher leur ventre, qui était souvent à vif, et leur peau brûlée se détachait à tout contact : les parties les plus claires de la peau étaient affectés uniformément, formant une limite nette entre cette peau brûlée et le tissu sain juste en dessous. C’est pour cette raison que la peau des hibakusha pendait au niveau des poignets et des chevilles.

Les unités de transport de l’armée transportent ceux qui sont dans un état grave, et les évacuent aussi sur une île de la baie d’Hiroshima, Ninoshima 似島.

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Illustration de l’évacuation des blessés vers Ninoshima 似島 – extraite de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

7 août et jours suivants

Les incendies dans la ville sont presque complètement éteints, et les proches et connaissances des victimes arrivent les uns après les autres, ignorant la nature du bombardement qui a eu lieu et le danger des radiations.

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Illustration de la zone de la banque Geibi 芸備銀行 le lendemain du bombardement – extraite de E de Yomu-Hiroshima no Genbaku 絵で読む-広島の原爆

Les rayonnements d’une bombe atomique ne se limitent pas à ceux libérés au moment de l’explosion (on parle alors de radioactivité initiale). Les nombreuses substances irradiées par des neutrons se transforment en isotopes radioactifs et commencent elles-mêmes des rayons bêta et gamma. En d’autres termes, la surface du sol, les bâtiments et la plupart des objets exposés aux neutrons lors de l’explosion continueront à émettre des radiations pendant longtemps.

Lorsque les humains ou les animaux inhalent (ou avalent avec de l’eau) des retombées radioactives, leur corps absorbe des isotopes radioactifs comme le strontium 90 et le césium 137, qui ont une demi-vie de près de 30 ans. Les radiations continuent d’affecter le corps pendant une longue période de temps : c’est ce qu’on appelle une exposition interne. Cette radioactivité , qui persiste pendant une longue période après l’explosion, est appelée « radioactivité résiduelle ».

Dans un rayon de 1 km autour de l’hypocentre, la dose de radiation était létale et la plupart des victimes exposées dans ce périmètre sont mortes en quelques jours.

Les jours suivant le bombardement, beaucoup ont souffert de troubles divers dus aux radiations (fièvre, nausées, diarrhée, hémorragies, chute de cheveux et fatigue générale) et à leurs brûlures. Les quartiers de la ville étaient pleins à craquer de blessés en attente de soin.

Très vite, les cadavres sont emmenés dans des crématorium de fortune, creusés notamment dans des cours d’école, et sont immédiatement brûlés.

image tirée de 絵で読む-広島の原爆

Effets des radiations sur le corps humain

Avertissement
Les symptômes décrits ci-dessous peuvent heurter la sensibilité du lecteur.

Lorsque les rayonnements frappent les cellules des organismes vivants, ils provoquent des lésions au niveau de l’ADN et d’autres composants de la cellule. Si l’ADN est endommagé, les cellules ne peuvent pas se multiplier sous la même forme. Ces lésions apparaissent d’abord dans les parties de la cellule qui se divise activement.

Ainsi, les hibakusha ont souffert de perte de cheveux et de selles sanguinolents, car le tissu folliculaire de leurs follicules pileux a été endommagé, et parce que les cellules muqueuses de l’estomac et des intestins ont perdu leur capacité de régénération.

Ces symptômes aigus de l’irradiation peuvent se manifester dès 30 minutes après l’exposition.

Des symptômes tels que des vomissements importants, une apathie générale, suivis d’une léthargie, de fièvre, de diarrhée importante et de selles sanguinolentes, ainsi que des taches hémorragiques sur la peau, surviennent le jour de l’exposition ou à une date proche. La plupart des personnes qui se sont plaintes de ces symptômes sont mortes dans les 10 jours.

La perte de cheveux commence brusquement à la deuxième semaine. Il semble qu’il s’agisse principalement des cheveux de la tête, mais un petit nombre de personnes perdent leurs sourcils et d’autres poils sur le reste du corps.

Parallèlement, des plaies dans la bouche, des saignements du nez, des gencives, de l’utérus, du rectum, de l’urètre, des voies respiratoires et des yeux ont été observés. Ils étaient souvent accompagnés de fièvre.

Anomalies sanguines

Les anomalies sanguines se sont d’abord manifestées par une nette diminution de la leucémie.

La quantité de globules blancs dans un millimètre cube de sange est réduite de 4000-11 000 à 150-400, et la quantité de globules rouges et de plaquettes est aussi réduite à moins de la moitié du niveau normal.

Ces troubles sanguins ont duré plus de 7 semaines. Ils étaient souvent considérés comme un trouble dû aux radiations précoce, mais beaucoup de victimes ont continué à en souffrir durant des années sans se rétablir, et d’autres qui semblaient se rétablir ont rechuté à nouveau.

Le genbaku-shō 原爆症, « mal de la bombe atomique« 

Les séquelles d’une exposition aux radiations sont généralement appelées « syndrome d’irradiation aiguë ». En japonais, ce syndrome est désigné par l’expression genbaku-shō 原爆症, littéralement le « mal de la bombe atomique ».

Cependant, il ne s’agit pas d’une maladie précise ou de symptômes uniquement spécifiques.

Par-exemple, des chéloïdes peuvent apparaître même après des brûlures ordinaires. La leucémie aiguë et l’anémie pernicieuse sont également des maladies qui peuvent survenir même sans exposition à des radiations. Mais, chez les hibakusha, les chéloïdes étaient extrêmement graves par rapport aux cas normaux, et leur fréquence élevée également. D’autres maladies présentaient aussi des taux d’incidence anormalement élevés par rapport aux personnes normales.

Chéloïdes

Les chéloïdes sont causées par une croissance anormale du tissu de la plaie lors de la cicatrisation des brûlures ou des blessures, soulevant et gonflant la surface de la peau, d’une teinte rouge-noir. Toute la zone est inflammée et s’accompagne souvent de douleurs et de démangeaisons. Dans certains cas, selon où les chéloïdes sont situées, elles peuvent provoquer des troubles du mouvement.

Elles ont eu tendance à se développer à la suite de brûlures causées par les rayons de chaleur de l’explosion, mais rarement après des brûlures causées par l’incendie qui s’est produit immédiatement après. Cela suggère que les radiations pourraient avoir un rôle dans le développement des chéloïdes.

Troubles sanguins et cancers

Les troubles sanguins que l’on pense avoir été causés par la bombe atomique comprennent la leucémie, le myélome multiple, le lymphome malin et l’anémie aplasique.

La leucémie est un type de cancer du sang caractérisé par une augmentation anormale du nombre de globules blancs, mais elle est rare chez les personnes normales.

Le myélome multiple et le lymphome malin sont des tumeurs qui se développent dans la moelle osseuse et les ganglions lymphatiques, et constituent également un type de cancer.

Lorsque les radiations endommagent les gènes des cellules, la prolifération cellulaire normale est altérée et une prolifération cellulaire anormale commence. Il s’agit de cellules cancéreuses.

L’incidence du cancer chez les hibakusha a commencé à augmenter entre 1955 et 1960, soit 10 à 15 ans après le bombardement. Les types de cancer sont variés, notamment le cancer de la thyroïde, du sein, du poumon, de l’estomac, du côlon et des voies urinaires.

Fausses-couches, anomalies congénitales et mortalité infantile

Bien entendu, les fœtus des femmes enceintes au moment du bombardement ont également été touchés.

Nombre d’entre elles sont mortes, ont fait des fausses couches ou ont accouché de mort-nés. Mais même parmi les bébés qui ont eu la chance de naître, beaucoup souffraient de malformations physiques comme la microcéphalie, et de déficiences intellectuelles.

De plus, le taux de mortalité des enfants de moins de 1 an était anormalement élevé.

On ignore encore si l’exposition aux radiations a des effets génétiques.

Peinture d'un ciel rouge sang vers le haut, et bleu vers le bas, strié de grosses bandes noires de nuages, de fumée, de poussières.

Conclusion

On peut dire que les dégâts causés par la bombe atomique sont le résultat de l’action combinée de ces trois éléments : les rayons thermiques, le souffle de l’explosion, et les radiations.

Nagasaki

9 août, 11 h 02

Alors que beaucoup sont entre la vie et la mort, une autre bombe atomique, celle-ci au plutonium (Fat Man), explose à Nagasaki.


Combien de personnes étaient à hiroshima le 6 août 1945 ?

On ne connaît pas le nombre exact de personnes qui étaient à Hiroshima ce jour-là.

Au début de la guerre du Pacifique, la population dépassait 410 000 habitants ; mais à mesure que la guerre s’est intensifiée, beaucoup ont quitté la ville à cause des évacuations et de la conscription.

Au moment du bombardement atomique, la population avait chuté à 280-290 000 habitants. En plus de ces civils, environ 43 000 soldats et personnels militaires stationnaient dans des bases de la ville, et environ 20 000 personnes qui avaient été amenées de force depuis la Corée devaient travailler dans des usines et chantiers. On estime aussi qu’environ 10 000 citoyens volontaires étaient mobilisés dans la ville et ses banlieues, pour aider aux travaux d’évacuations des bâtiments.

Il y avait aussi une dizaine de prisonniers de guerre américains, ainsi que 70 à 80 étrangers, dont des étudiants de Mandchourie et d’Asie du Sud-Est, présents dans la ville ce jour-là. Tous les soldats américains ont été tués, y compris deux membres de l’équipage d’un bombardier abattu au dessus de la ville le 28 juillet.

En prenant tout cela en considération, le nombre de personnes présentes au moment de l’explosion au matin du 6 août à 8 h 16 était probablement d’environ 350 000.

Mais cela ne représente pas la totalité des hibakusha : on estime que plus de 100 000 personnes ont été exposées aux radiations provenant des retombées radioactives, y compris celles qui sont venues dans la ville après l’explosion pour apporter des secours, nettoyer les dégâts ; celles qui ont parcouru la ville à la recherche de leurs proches et connaissances, et celles qui se trouvaient dans des postes de secours à l’intérieur et l’extérieur de la ville.

Si l’on ajoute ces victimes secondaires et celles qui ont été directement exposées à la bombe atomique, ce sont au total plus de 450 000 personnes qui ont été touchées par une seule bombe atomique.

Pouvait-on survivre ?

Au moment de l’explosion, toute personne située dans un rayon de 500 mètres autour de l’hypocentre a été tuée presque instantanément par les rayons thermiques et l’onde de choc.

Dans un rayon de 1,2 km, 50 % des personnes sont mortes instantanément ou quasi instantanément : tous les autres ont été grièvement blessés, avec leur pronostic vital engagé.

Ceux qui avaient réussi à échapper à la mort instantanée ont été ensuite pris dans l’immense incendie qui a démarré immédiatement après, et beaucoup ont été engloutis par ses flammes et brûlés vifs. Il s’est propagé dans un rayon de 2 km autour de l’hypocentre, et même à moins de 2 km, de nombreuses personnes se sont retrouvées écrasées sous les débris de leur maison sans pouvoir fuir le feu.

En plus d’être très gravement brûlées, beaucoup de personnes avaient des plaies très profondes, notamment provoquées par les éclats de verre des fenêtres qui avaient été entièrement détruites dans l’explosion, ainsi que des débris provenant des bâtiments effondrés.

Les symptômes aigus de l’exposition aux radiations sont apparus indépendamment de la présence ou d’absence de traumatisme, mais ils étaient plus graves chez les personnes proches de l’hypocentre. La plupart de ces personnes ont été gravement blessées et sont décédées dans les 3 mois qui ont suivi le bombardement.

Sur les 450 000 personnes qui ont été directement ou indirectement exposées à la bombe atomique, on estime que 130 000 à 140 000 sont décédées dans les 3 mois. Cela signifie qu’un hibakusha sur trois est mort dans ce laps de temps.

Cependant, ceux qui ont réussi à survivre aux dommages initiaux des radiations ont été frappés plus tard par des dommages ultérieurs tels que les chéloïdes, cataractes, anémies pernicieuses, leucémies aigues, fausses couches et anomalies de naissance, ainsi que divers types de cancer. C’est le fameux « mal de la bombe atomique », le genbaku-shō 原爆症.

Ainsi, en ajoutant les victimes de ces effets à retardement de la bombe atomique, le taux de survie des hibakusha se réduit.

Sources
Note de l’autrice

Pour faire cette chronologie, je me suis basée sur un livre accessible aux enfants japonais de fin d’école primaire, essentiellement pour des raisons de lisibilité (les lectures des termes spécifiques comme les types d’avions, dispositifs complexes etc… sont plus souvent indiquées) . De ce fait, il est possible qu’il manque des détails et informations, mais je préfère justement me concentrer sur ce qui est présenté aux enfants comme l’essentiel. Dans les pages précédant celles qui m’ont servi pour cette chronologie, il est évidemment expliqué l’entièreté de la naissance du projet, les différents protagonistes impliqués, les décisions prises etc… Cependant j’ai choisi de ne pas m’intéresser à cette partie de l’histoire, que beaucoup de Japonais au moment du bombardement ignoraient. Je vous laisse le soin de vous renseigner sur le sujet si cela vous intéresse, il est largement documenté et discuté dans la littérature et presse occidentale, en anglais et même en français.

Si vous constatez une erreur, s’il-vous-plaît signalez la moi :

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