« […]
Aussi.
Un jour pluvieux, fin septembre, alors que je descendais les escaliers depuis le deuxième étage de la maison où je logeais provisoirement, je jetai un coup d’œil distrait vers le bas. J’eus un vertige.
Dans le vert humide de la pièce à tatami, un jeune homme au teint immédiatement reconnaissable à celui d’une personne atteinte de la maladie de la bombe atomique était assis. Il posait faiblement ses deux mains sur le tapis et pouvait à peine se tenir.
Je pensai qu’il s’agissait peut-être du jeune homme que j’avais rencontré deux ou trois jours auparavant à mon retour au village, et qui s’appelait Gin-chan. Si c’était bien lui, j’avais entendu dire qu’il avait perdu ses cheveux, que ses dents étaient pourries et branlantes, qu’il était maigre et ressemblait à du bois mort. Ce qui me choqua au point d’en avoir un vertige, c’était la couleur indescriptible et étrange de sa peau. Sa peau était recouverte d’une couleur désespérante, opaque, rappelant celle d’une aubergine rôtie, comme celle d’une personne atteinte de tuberculose pulmonaire en phase terminale. Le contour de ses yeux était cerné, comme s’il était tatoué à l’encre bleue, et ses lèvres étaient sèches et grisâtres. Ses cheveux étaient clairsemés comme ceux d’un homme de 80 ans, et avaient pris une teinte grise. Il était couvert de petites taches de la taille d’un haricot azuki, bleu pâle, puis violet ou bleu marine.
J’avais entendu parler de ces symptômes par des médecins, et lu des articles à ce sujet dans les journaux. Je savais qu’une fois arrivé à ce stade, il ne restait que deux ou trois jours à vivre, cinq au maximum, et j’étais stupéfaite devant cet homme.
Un membre de la famille m’a dit : « Voici Gin-chan, qui est revenu l’autre jour. » Je me suis approché et j’ai demandé :
« J’étais à Hakushima (le nom d’un quartier de Hiroshima) à ce moment-là, moi aussi, et j’ai été légèrement blessé ; mais où étiez-vous ? »
« J’étais à Hiratsuka. » a répondu le jeune homme d’un air maussade.
« À quelle distance se trouve Hiratsuka de l’hypocentre ? »
« C’est moins d’un kilomètre. Je parle du rayon. »
On dit que toute personne qui se trouvait dans un rayon de deux kilomètres a été plus ou moins exposée à un rayonnement thermique intense. Nous ne ressentons aucune douleur et restons en bonne santé pendant un certain temps, jusqu’à ce que nous présentons soudainement des symptômes typiques.
Ces symptômes typiques ont été publiés dans le journal Chugoku Shimbun de Hiroshima, par les chercheurs qui ont mené des études à ce sujet, comme suit :
Fièvre,
Faiblesse,
Perte d’appétit,
Apathie du visage,
Perte de cheveux (cheveux arrachés et sans racines),
Saignements (pétéchies cutanées, saignements de nez, crachats sanglants, hémoptysie, hématémèse, hématurie, etc.),
Stomatite (en particulier parodontite hémorragique),
Amygdalite (en particulier amygdalite gangréneuse),
Diarrhée (en particulier mucus sanglant dans les selles),
etc.
Lorsque ces symptômes externes apparaissent, des changements importants se sont déjà produits dans les cellules sanguines, en particulier les globules blancs. L’actrice de théâtre moderne examinée par le Dr. Tsuzuki de l’université de Tokyo, Nakami Midori, qui était venue à Hiroshima avec Maruyama Sadao, entre autres, n’avait plus que 500 à 600 globules blancs avant de rendre son dernier souffle à la clinique chirurgicale de l’université de Tokyo. Elle avait environ trois millions de globules rouges.
Dans des conditions normales, le nombre de globules blancs est compris entre 600 et 8 000, et celui des globules rouges est d’environ 4,5 millions. Le Dr. Sawada de l’Université de Kyushu a également annoncé qu’il n’y avait que 200 à 300 globules blancs dans un centimètre cube de sang, un fait extrêmement impensable. J’ai lu attentivement les recherches cliniques publiées par le Dr. Tsuzuki et d’autres scientifiques du point de vue des victimes, et j’ai l’intention de les résumer et de les écrire, mais pour l’instant, je dois revenir un peu en arrière.
La létalité de la bombe atomique était unique en son genre : la douleur qu’elle infligeait aux personnes n’était pas directement ressentie par le corps, et les symptômes étaient de courte durée.
Gin-chan est resté en bonne santé jusqu’au 2 septembre. Ses brûlures aux jambes étaient guéries, mais le 3, ses cheveux ont commencé à tomber, ses gencives à saigner et des taches sont apparues.
« Ce n’est pas bon. Je me fiche de mourir. Les trois médecins le disent. » soupira le jeune homme.
« Reposez-vous tranquillement. On dit que ceux qui tombent malades plus tard guérissent. Il faut faire tout ce qu’il faut pour vivre, et faire de son mieux. »
Je me dis avec des sentiments mitigés que si un tel jeune homme avait pu survivre, alors moi, qui n’étais pas encore malade, je pourrais aussi survivre.
« Je dors, mais je meurs d’envie de cigarettes, alors je suis venu en chercher. »
Même s’il disait que mourir lui était égal, il demandait à sa famille des choses nécessaires à sa vie, comme sa pipe, un carnet et ses couteaux. Le jeune homme, vêtu d’un kimono fin qu’il portait à même la peau, sortit sous la pluie d’automne, les mains dans les poches.
« A l’origine, Gin-chan avait d’épais cheveux d’un noir de jais. Il en était très fier », me raconta plus tard le membre de la famille.
Quel que soit le regard qu’on portait sur lui, Gin-chan, qui semblait être à la fois un vieil homme et un jeune homme, avait vingt-quatre ans. Au plus fort de la guerre, il avait embarqué sur un navire pour naviguer dans les mers du Sud et du Nord. À l’approche de la défaite, les embarquements avaient été annulés. Il était donc retourné à Hiroshima et vivait avec une femme de Kagoshima, mais il avait toujours été un jeune délinquant. Les gens disaient qu’un délinquant qui faisait pleurer ses parents ferait mieux de mourir. Mais dans le cœur du jeune homme un koto triste ne sonnait-il pas ? Il avait été recueilli quelque part à l’âge de trois ans, et depuis son plus jeune âge, il avait été un enfant errant incontrôlable.
Ce matin-là, à Hiroshima, il dormait encore avec cette femme dans leur maison de location à Hiratsuka. Gin-chan l’avait tirée des décombres de sa maison effondrée. Cependant, elle avait tellement perdu ses cheveux qu’elle avait dû se raser la tête, souffrait de selles sanglantes semblables à celles de la dysenterie, et était morte avant que Gin-chan ne tombe malade.
Gin-chan avait emporté les os de sa femme et était arrivé à la maison louée par ses parents adoptifs, évacués du village depuis longtemps. Son père adoptif, un homme aux cheveux blancs qui travaillait comme assistant chez le coiffeur du village, avait toujours le teint jaunâtre. Cet homme âgé souffrait d’une maladie chronique, la rachitisme, qui lui causait des problèmes aux jambes, et il venait parfois me rendre visite en boitant.
Quand il arrivait, le vieil homme marchait lentement, regardait les plantes du grand jardin, ou scrutait longuement l’étang et observait les carpes noires, écarlates et blanches. Regardait-il vraiment toutes ces choses ? Il semblait perdu dans ses pensées.
Même en jouant de tous les os du corps de ce père adoptif et de Gin-chan, je ne pense pas qu’on pourrait obtenir un son joyeux. »
Shikabane no machi 屍の町 (La Ville des Cadavres), « L’automne dans les gémissements et les pleurs des démons » 鬼哭啾々の秋, Ōta Yōko 大田洋子, 1948
Texte en japonais
また。
九月も終りに近いある雨の日、私は仮寓の家の、離れ座敷の二階から、下へ降りようとして階段の中途まで来たとき、なにげなく下を見た。私は眼がくらみそうであった。
その座敷のぬれ緑に、一眼で原子爆弾症とわかる顔色の青年が腰を下ろしていた。青年は両手をぬれ緑に力なくつき、やっとからだを支えている風だった。
二、三日まえ村へ帰ってきたときいた、この家の遠緑の青年で、銀ちゃんという人ではないかと私は思った。その人なら、髪がぬけ、歯は歯槽膿漏のようにがたがたと頽れ、そのうえ瘦せこけて朽木のようだときいていた。私が眼のくらむほどびっくりしたのは、云いようもなく無気味な皮膚のいろのせいだった。その全身の皮膚は、肺結核の末期の人のような色のうえに、もっと絶望的な、不透明な、焼茄子に似た色でぬりつぶされていた。
眼のふちは青いインクを入墨したように隈どられ、唇は灰いろに乾いていた。髪は八十歳の年寄のようにまばらになり、灰色に変っている。皮膚の上にはいたるところに、小豆粒くらいの斑点が、うす青く、それから紫や紺色にこびりついていた。
このような症状は、医者からもきいていたし、新聞などでもよんでいた。そうなってしまえば二三日ながくて五日しか生きてないときいていて、そのような人はもう医者のとびっくりしている私に、
「このあいだ戻って来た銀ちゃんです。」と家の人が云った。私は傍へちかよって訊いた。
「私もあのとき白島(広島市の町の名)にいましてね、少しけがをしたんですけれど、あなたはどこにいらしたんですか。」
「平塚ですよ。」
青年は不機嫌に答えた。
「平塚町は、爆心地からどれほど離れてますか。」
「一キロに足りないんです。半径がね。」
半径二キロ以内の圏内にいる者は、多かれ少かれ、強烈な熱線の放射をうけていると云われている。私どもはなんの苦痛も感じないまま、暫く健康を保っていて、いきなり定型的な症状をあらわすのだ。
定型的な症状というのは、研究にあたった学者たちによって、広島の中国新聞に次のよう発表されている。
発熱、
脱力、
食欲不振、
無欲顔貌、
脱毛(ひきちぎったようで毛根がついていない)
出血(皮膚点状出血、鼻出血、血痰、喀血、吐血、尿血など)
口内炎(とくに出血性歯根炎)
扁桃腺炎(とくに壊疽性扁桃腺炎)
下痢(とくに粘血便)
など。
このような外部的症状の起こったときは、すでに血球、とくに白血球におそろしい変化が来ているのである。東大の都築博士の診られた新劇の女優で、丸山定夫民などと広島に来ていた仲みどりというひとなど、東大の外科で息をひきとるまえ、白血球は500から600くらいしかなかったと発表されていた。赤血球は三百万程度であった。
普通の状態の白血球は、600から8000で、赤血球は四百五十万程度という。また九大の沢田博士は、血液一立方センチ中の白血球が僅かに200乃至300という、とても平常では考えられぬ事実を発表していられる。私はこのような都築博士や、そのほかの科学者たちの臨床学的な研究の発表を、罹災者の側から注意深くよんだので、まとめて書きとめておくつもりだけれども、今は少しあともどりしなくてはならない。
原子爆弾の殺傷性は、こんな風に特異で、人にあたえる苦痛は、肉体にじかの痛みを感じさせず、そのうえ症状をながく与えておかないことだった。
銀ちゃんは九月二日まで元気をうしなわないでいた。足の火傷もなおっておいたのに、三日になると髪がぬけはじめ、歯茎から出血し、斑点があらわれたというのである。
「もうだめだ。死んでもいい。三人の医者がみんなそういうのだから。」
青年はそうすぶやいた。
「静かにやすんでいらっしゃい。おそく発病した人は、恢復するそうですから。どうしても生きるのだと思って、力をおだしなさいね。」
私は、これほどになった青年が、もし生きのびることができるのだったら、まだ発病していない私もまた、生きていられるのだと、複雑な思いで青年に云ったのだ。
「寝ているんだけど、煙草がすいたくてたまらないから、もらいに来たんですよ。」
死んでもいいと云いながら、生きているために必要な、巻煙草のパイプだとか、手帖とか、妻ようじなどを、家の人に頼んで貰っている。素肌へじかにうすいどてらを着た青年は、ふところ手をして秋の雨のなかへ出て行った。
「もとの銀ちゃんは、真黒なふさふさした髪をしていたんですよ。それを自慢にしていました。」
あとで家人は話した。どんなに見ても、老人と若者との間に見えた銀ちゃんの年は、二十四であった。戦争の劇しかった時期には、船にのって、南の海へも北の海へも出かけていた。敗戦にちかづくと、のる船もうしなったから、ちかごろは広島まで帰って来て、鹿児島の女というのといっしょに暮していたが、もともと彼は不良青年だった。人はあんな不良の親泣かせは、死んだ方がよいという。
しかし、青年の胸のなかでは、悲しい小琴が奏でられてはいないだろうか。三つの年にどこかから貰われて来た子で、小さい時分からぐれ放題にぐれて、手もつけられぬ放浪児であった。
広島ではあの朝、平塚町の間借り住居で、女といっしょにまだ寝ていた。銀ちゃんはどさッと崩れた家の下痢になった女を、瓦礫のなかからひきずり出した。けれどもその女は、丸坊主になるほど髪がぬけ落ち、赤痢のような血便にまもれて、銀ちゃんの発病する以前に亡くなったというのである。
銀ちゃんは女の骨を抱いて、疎開で前から村へ来ている養父母の、間借りの住居へ辿りついて来たのだった。村の床屋へ手つだいに行っている白髪の養父という男は、いつも蒼黄いろい顔をしている。その年とった男は痼疾の骨髄癆のために脚がわるく、びっこを引いてときどき私のいる家を訪ねてくる。
来ると老人は広い庭の植木を眺めてゆっくり歩いたり、池をのぞいて、ながい間、黒や緋や白い鯉を見ている。老人はほんとにいろんなもの見ているのだろうか。そうやって、なにかの考えごとに沈んでいる様子に見えた。
このような養父と銀ちゃんのからだの、どの骨を奏でても、幸せな音はかえって来ないと思われる。
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